« Alike », un court-métrage émouvant sur la joie de vivre

Dans une ville unicolore habitée d’une population éreintée par le travail acharné, un père bleu et son fils orange teintent ce monde morose de leur joie de vivre. Déchirés entre le métro, boulot, dodo et la grisaille qui les entourent, leur bonheur est mis à rude épreuve. Ce court-métrage d’animation apparaît comme une ode à la différence. Moralité : sur le fil tangible de la vie, la joie de vivre sert d’échappatoire.

La « maussaderie », une maladie contagieuse

Ce projet brillant et poétique, nous le devons aux deux Madrilènes Daniel Martinez Lara et Rafa Cano Méndez. Pour leur court-métrage d’animation 3D, les réalisateurs ont choisi le nom « Alike » qui signifie littéralement « semblables ». Dans un univers grisonnant, un père du nom de Paste et son fils Copi se démarquent. Au milieu des visages dépressifs et des corps exténués, seuls trois personnages préservent leur teinte : Paste, Copi et un violoniste. Tous semblent isolés de ce monde maussade qui les encercle, comme si l’insouciance et la créativité les faisaient nager dans une bulle de douceur.

Le personnage de Paste est une métaphore de la joie de vivre. Le petit garçon candide s’émerveille devant le musicien, se passionne pour le dessin et se contente d’un rien. Devant l’innocence et l’âme pure de son fils, Copi préserve son côté guilleret. Mais une fois au bureau, sa couleur se métamorphose et vire au blanc, signe de lassitude. Chaque retrouvailles avec son fils apparaissent alors comme une parenthèse joyeuse. Et si la vérité (et le bonheur) sortait de la bouche des enfants ?

Une ode à l’enfance et à ses rêves

Très rapidement, la routine accablante et vide de sens reprend le dessus. Le fils enthousiaste et avide de découvertes se ternit au fil de l’histoire. La société dans laquelle il grandit le conditionne au boulot à outrance et à devenir un automate qui enchaîne les redondances. Une privation de liberté, un frein à sa personnalité enjouée qui fait germer un nouveau sentiment : la dépression. Plus les jours passent, plus le sourire de Paste s’efface.

Impuissant devant le mal-être de son fils qui perd son jaune vif, Copi prend conscience de l’impact néfaste de cette société bridée. À contre-courant, il ouvre à Paste les voix de la liberté, et lui permet d’exprimer son inventivité. Indifférent du regard des autres qui émettent un jugement, Copi plonge à nouveau son fils dans un univers coloré.

Ce chef d’oeuvre audiovisuel met en fait en exergue les problématiques de la vie : travail chronophage, éducation stricte, devoir entrer dans des cases. Comme une fable des temps modernes, ce court-métrage prône l’acceptation de soi et combat la morosité.

Ré-apprenons à nous émerveiller, à créer, à prendre conscience des choix quotidiens qui colorent l’existence. Et surtout, n’obligeons pas les enfants à devenir ce qu’ils ne sont pas. Une belle leçon de vie, qui nous fait réfléchir en ces temps compliqués.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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