Le regret d’être mère, ultime tabou en France ?

Nous avons tous mais surtout toutes, grandi.e.s avec l’idée qu’être mère était instinctif. Comme si toutes les femmes de cette planète naissaient avec un mode d’emploi intégré induisant qu’elles seraient mamans un jour ou l’autre et que quand le jour viendrait, elles sauraient.

Mais à une ère où l’on commence enfin à entendre que « femme » ne rime pas toujours avec « mère », pourquoi ne pourrait-on pas admettre que cette faculté soi-disant innée ne soit qu’un leurre ? Et si on repensait l’assignation des femmes à devenir mères ? Ne peut-on pas accepter qu’une mère puisse un jour regretter sa situation et rêver d’une autre vie ?

Maternité & pression sociale

Avez-vous déjà, en tant que femme, vécu cette situation ? Celle où vous êtes assise sur un banc au parc avec une personne plus âgée que vous. Vous observez les enfants jouer, non sans un sourire. Parce que c’est mignon les enfants avec leurs mains miniatures, leur démarche d’astronaute encore peu assurée et leur sourire si purs. Et puis LA phrase est tombée. La fameuse. « Toi aussi, tu verras, un jour ça t’arrivera. Je suis sure que tu seras une mère merveilleuse. »

Tornade dans votre petite tête. Vous vous levez environ dix minutes avant de partir le matin et on voudrait que vous gériez avec succès un micro humain encore moins autonome que vous… Et quand bien même vous seriez la personne la plus organisée du monde, non, à 20, 25, 30, 35 ans tous mouillés sur ce banc, vous ne vous sentez pas l’âme d’une mère. Et puis c’est quoi d’abord l’âme d’une mère ?

Dès le plus jeune âge, les adultes exhortent les petites filles à jouer à la poupée. Dînette, biberons, couches factices, porte-bébé, poussettes… tout est fait pour qu’à peine sorties du berceau, elles commencent déjà à se sentir comme de vraies « petites mères ».

Or, ces petites filles ne répètent pas des gestes déjà acquis de manière innée. Au contraire, elles agissent par mimétisme, reproduisent les gestes qu’ont leur maman, leur tante, les amies de leurs parents avec les bébés. La société construit ces « petites mères », elle ne révèle pas leur nature profonde.

Le mythe de l’instinct maternel

Dans son livre, L’Amour en plus, publié en 1980, Elisabeth Badinter évoque l’idée d’instinct maternel comme une construction sociale. Preuve en est : avant les années 1760, cette notion n’existait même pas. Pourtant les femmes étaient déjà là, elles, on peut vous l’assurer. L’intérêt porté aux enfants étant moindre, la plupart des nobles et des bourgeoises laissaient, plus ou moins selon leur volonté, le soin de l’éducation à d’autres femmes. Et c’était ok, voire même plutôt bien vu.

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’on a réellement enfermé toutes celles qui donnaient la vie dans cette idée d’un lien extraordinaire et naturel avec leur enfant. Et si l’on se penche sur l’histoire, cela coïncide avec le moment où l’on se rend compte qu’une démographie croissante est un avantage pour une nation puissante. D’ailleurs, Orna Donath, une sociologue israélienne autrice du livre Le regret d’être mère, explique dans une interview pour Ça m’intéresse :

« Reconnaître l’existence du regret d’être mère met la société en danger. Cela impliquerait de repenser l’ordre social qui profite aux nations, à l’économie, aux logiques du capitalisme, aux intérêts du patriarcat, etc. »

En ce sens, l’instinct maternel est un mythe que l’on a inventé pour servir l’intérêt de pays et de sociétés. Vouloir être mère, c’est naturel. Ne pas vouloir l’être l’est tout autant.

Le féminisme, ou un vent de libération pour les mères

L’effet boule de neige. Vous connaissez le phénomène : quelqu’un crève l’abcès et subitement les voix se délient. Doucement, mais sûrement. Les difficultés qui entourent la maternité ne font pas exception. De plus en plus fréquemment, des femmes osent prendre la parole pour raconter ce qu’a vraiment été la maternité pour elles, sans détour. Fausse couche, dépression post-partum, rapport au corps, burn-out maternel… Il n’est plus question d’édulcorer la maternité.

L’aventure est certes pavée d’amour, mais il faut bien avoir en tête qu’elle a son lot de galères. On ne naît pas mère, on le devient. Et comme pour toutes les disciplines du monde, certaines femmes ont plus de facilités que d’autres et surtout certaines ne sont tout simplement pas faites pour cela. Et c’est ok.

Pour parler du regret maternel, Stéphanie Thomas, journaliste et réalisatrice française, publie en novembre 2021, Mal de mères qu’elle souhaite être un recueil de dix témoignages de femmes de tous âges et de tous horizons.

Sur les réseaux sociaux aussi, on s’active. Ambre, mère d’un petit garçon, a créé le compte Instagram @le_regret_maternel. Chaque jour, elle partage avec bienveillance des témoignages de parents qui auraient aimé savoir à quoi ils s’engageaient vraiment.

Sur Twitter, sous le hastag #RegretMaternel de nombreux témoignages s’enchaînent. Derrière un pseudo anonyme ou non, des femmes confient leurs regrets. À elles aussi on avait promis qu’elles seraient de merveilleuses mamans… Peut-être le sont-elles, mais leurs vies en tout cas ne sont pas aussi merveilleuses que les rêves qu’elles faisaient plus jeunes. Le regret maternel est loin d’être un phénomène isolé. 

Le regret d’être mère : un sujet toujours très tu en 2022

Combien de mères avez-vous croisées dans votre vie ? Combien avez-vous entendu dire qu’elles regrettaient ? On est prêt.e.s à parier que vous avez pensé « zéro » à cette question. Ou du moins un chiffre dérisoire. Pourtant, des études américaines et allemandes indiquent que 7 à 8 % des parents regrettent leur choix d’avoir eu un enfant. Autrement dit, ça fait un paquet de monde. La vérité est là : en 2022, malgré les avancées du mouvement du droit des femmes, regretter d’avoir donné la vie, ça ne se dit pas.

Pourquoi se taire plutôt que de parler et d’assumer ses ressentis nous, direz-vous ? Dans son livre, Orna Donath indique que cela relève avant tout d’une volonté de protéger. D’une part de protéger les enfants, qui pourraient ne pas faire la distinction entre le regret d’une situation et le regret de leur existence propre. Mais aussi, et il en va ici de notre responsabilité collective, pour se protéger soi du regard des autres. Parce qu’avouer que si c’était à refaire on ne le referait pas, c’est prendre le risque d’être pointée du doigt comme une « mauvaise mère ». Pourtant, toujours dans l’interview qu’elle a accordé à l’émission Ça m’intéresse, la sociologue est formelle :

« Reconnaître ce regret pourrait inciter à voir la maternité non pas comme un royaume mythique, mais comme une relation humaine parmi d’autres, qui peut comprendre un panel d’émotions comme la joie, l’ennui, la haine, la jalousie, l’amour, la rage, et bien sûr, le regret. »

Parler c’est briser l’omerta et permettre à d’autres d’être averti.e.s et peut-être de faire les bons choix le moment venu. Alors à vous, maman qui auriez voulu faire autrement, dites-nous vos vérités. Et à nous qui ne pouvons pas savoir, car nous ne l’avons pas vécu, prenons le temps de les écouter, et de le faire vraiment.

Vous êtes mère et regrettez cette responsabilité ? Si vous pouviez revenir en arrière, vous feriez le choix de ne pas avoir d’enfant ? En parlez-vous librement ou est-ce un sentiment tabou ? Racontez-nous sur notre forum.

Léonie Bourbon
Léonie Bourbon
À travers mes articles, je vise à divertir, éduquer et inciter à la réflexion, en partageant des histoires qui touchent le cœur et l'esprit.
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