Au bureau, certains comportements passent souvent inaperçus. On les perçoit comme des traits de personnalité passagers, une charge de travail supplémentaire ou simplement des habitudes de travail « normales ». Pourtant, derrière une implication accrue ou encore une sociabilité en baisse, il peut se cacher bien plus qu’une simple routine. Ces signes peuvent être des appels à l’aide silencieux, révélateurs de souffrances psychologiques profondes. En 2023, selon le baromètre du cabinet Empreinte Humaine, près d’un salarié sur deux se sent en détresse psychologique, et plus alarmant encore, 12 % seraient en burn-out sévère.
Travailler plus pour fuir ses émotions
On associe souvent la dépression à un état d’apathie. Mais paradoxalement, chez certains profils, elle se manifeste par l’inverse : un surinvestissement professionnel. Accepter toutes les missions, accumuler les heures supplémentaires, vouloir tout contrôler… Cette forme d’hyperactivité peut sembler être une volonté de bien faire, mais en réalité, elle cache souvent une volonté de fuir une douleur intérieure.
Lorsque le travail devient une échappatoire plutôt qu’un choix, il peut prendre une place démesurée dans la vie de l’individu, ce qui finit par conduire à l’épuisement. Le travail est alors vu comme une « zone de confort », bien plus facile à contrôler que ses propres émotions ou situations personnelles.
Isolement discret mais révélateur
Un autre signal d’alerte courant, mais souvent ignoré, est l’isolement social en milieu professionnel. Participer moins aux échanges, éviter les pauses café, ou encore se retirer des discussions informelles, voilà des comportements qui peuvent sembler anodins. Pourtant, ils sont fréquemment observés chez les personnes en souffrance psychologique.
Selon la psychothérapeute Shannon Garcia, l’isolement est l’un des signaux d’alerte les plus fréquents. Bien souvent, ce comportement est confondu avec de la timidité ou la volonté de se concentrer sur un projet. Mais ce retrait social peut aussi être la manifestation d’un mal-être plus profond. Les personnes concernées n’ont parfois plus l’énergie nécessaire pour entretenir des relations sociales, et se replient alors sur elles-mêmes, par réflexe de protection.
Perte de repères : retards et désorganisation
Un autre signe révélateur d’une souffrance psychologique souvent ignorée est la désorganisation au travail. Les retards répétés, les réunions oubliées, les mails qui restent sans réponse… ces petites négligences peuvent être interprétées comme une simple surcharge de travail ou de stress. Selon le psychologue Ryan Howes, elles sont aussi le reflet d’une charge mentale trop lourde.
La dépression, par exemple, diminue les fonctions exécutives, telles que la concentration, la mémoire et la capacité de planification. Ce phénomène peut mener à une désorganisation dans le travail, ce qui est souvent perçu par l’entourage comme une « baisse de performance ». En réalité, il s’agit d’une manifestation directe de la fatigue mentale, du stress, et parfois même du burn-out.
Irritabilité, frustration, colère : des émotions en débordement
La dépression ne se résume pas seulement à de la tristesse. Parfois, elle se traduit par une irritabilité extrême, un agacement constant, voire des réactions vives et des tensions avec les collègues. Ces comportements, souvent interprétés comme de l’impulsivité ou de l’incompatibilité, sont en réalité des signes d’un mal-être plus profond.
Les personnes concernées peuvent avoir du mal à gérer leurs émotions, ce qui peut entraîner des conflits au travail. Ces réactions exacerbées sont souvent dues à un stress prolongé ou à une frustration intérieure qui n’a pas été exprimée. L’irritabilité devient alors un mécanisme de défense, une manière d’évacuer un trop-plein émotionnel. Ce débordement émotionnel n’est pas nécessairement lié à une situation immédiate, mais plutôt à l’accumulation de tensions internes non résolues.
Perte de motivation : le travail devient vide de sens
Un autre comportement révélateur est la perte de motivation au travail. Lorsque les tâches deviennent de plus en plus difficiles à accomplir, qu’elles semblent vides de sens ou que l’on ne ressent plus de satisfaction dans ses accomplissements, cela peut signaler un épuisement profond. Cette démobilisation progressive est une forme de désengagement émotionnel.
Les personnes en souffrance peuvent éprouver une fatigue mentale accablante, au point où même les tâches les plus simples semblent insurmontables. Cette perte de motivation, accompagnée d’une sensation d’absurdité du travail, est typique d’un épuisement professionnel ou d’un état dépressif. Le travail, qui était autrefois source de satisfaction ou d’épanouissement, devient alors une contrainte difficile à supporter.
Que faire quand le mal-être s’installe ?
Il est essentiel de ne pas minimiser ces signes. Comme le rappelle Shannon Garcia, la dépression pousse souvent à l’isolement et à l’autodévalorisation. Pourtant, agir à contre-courant – parler, demander de l’aide, ralentir – est déjà un pas vers la guérison.
Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces comportements, il est important de ne pas attendre que la situation empire. En parler à un collègue de confiance, à un supérieur bienveillant, ou à un professionnel de santé mentale peut permettre de mettre des mots sur votre malaise et de trouver l’aide nécessaire. Le bien-être mental ne doit pas être un luxe, ni un objectif secondaire : il doit être une priorité.