Déguisé en clown, il apporte de la joie dans cette ville dévastée

Avec son costume arc-en-ciel, son nez rouge et son maquillage extravagant, Oncle Tito impose sa bonne humeur dans une ville ravagée. Il n’exerce pas son art sous les toiles des chapiteaux, mais dans le paysage anéanti de Gaza. Cet homme est une éclaircie au milieu du chaos. Il redessine des sourires sur le visage de ces enfants qui ont tout perdu, une famille, une maison, un avenir. Oncle Tito remet de la couleur dans cette région qui n’est plus que poussière et débris. Partout où il passe, il met du baume au cœur et réconforte les âmes. Parcours d’un héros atypique, qui a troqué la cape contre le chapeau haut de forme et le blazer multicolore.

Oncle Tito, un héros déguisé en clown

Perché sur des échasses, hissé dans une salopette à gros pois et maquillé à outrance, Oncle Tito déambule dans un Gaza méconnaissable, où tous les immeubles sont à terre, en miettes. Son allure enjouée et ses vêtements chatoyants contrastent avec le décor apocalyptique qui se dévoile en toile de fond. Alors que la plupart des clowns font le show sur les planches des théâtres ou dans les cirques, sa scène à lui, c’est le sol miné de Gaza. Il se donne en spectacle depuis les pelles des tracteurs ou à même le pavé, devant des immeubles qui ne tiennent qu’à une pierre. Son estrade à lui, ce sont les montagnes de débris et les fenêtres éventrées.

À Gaza, Oncle Tito est l’une des rares distractions à portée d’œil. Formé par son oncle à l’âge de 12 ans et résident de la bande de Gaza, il ne s’est pas replié dans la peur. Ce clown de profession, qui a étudié à l’École de cirque de Gaza, s’est investi d’une mission vitale : faire renaître le bonheur sur le visage des enfants du pays. Oncle Tito, qui semble tout droit sorti d’un rêve ou d’un conte à la Lewis Caroll, transperce la noirceur ambiante. Il brille dans ce paysage de désolation. C’est un peu la touche de couleur au milieu du tableau.

Attendu comme le Messie par les enfants de la ville, il prend son rôle très à cœur. À 18 ans, celui qui se fait surnommer Oncle Tito a une belle mentalité. À défaut de pouvoir réparer ce monde en un coup de baguette et de ramener la paix dans son pays, il tente de faire oublier cette situation chaotique comme il peut.

« Je suis l’une des rares personnes à avoir encore autre chose à faire que survivre », confie-t-il au média Independant UK

Sa mission : semer le bonheur là où il n’y en a plus

Oncle Tito aussi a perdu son foyer sous les bombes. Il s’est retrouvé sans toit, scénario bien commun dans la bande de Gaza. Mais pas question pour lui de laisser la tristesse prendre le dessus. Ce boute-en-train, jamais à court de blagues et d’énergies, sillonne Gaza dans l’espoir d’animer le quotidien morose des enfants. Malgré une nourriture qui se fait rare et des conditions de vie rudes, Oncle Tito ne faiblit jamais. Sa bonne humeur est contagieuse.

Sur un vélo ou sur des échasses, avec des langues de belle-mère ou des ballons de baudruche, il s’attèle à entretenir l’innocence des plus jeunes et à rallumer cette étincelle que les conflits ont effacée. Il mêle d’ailleurs l’utile à l’agréable. À travers ses tours de magie, il ne se contente pas d’émerveiller les enfants. Il jongle à merveille entre enseignements et divertissements.

« Comme les écoles du quartier ont fermé, j’apporte parfois une dimension pédagogique à mon travail, par exemple en leur apprenant les nombres », explique-t-il

Un soutien psychologique précieux à Gaza

Oncle Tito veut que les rires résonnent plus fort que les drones et recouvrent le bruit de la menace. Plus qu’un clown, c’est un médecin du cœur, un thérapeute au nez rouge. Comme le précise un rapport publié par une ONG basée à Gaza, 96 % des enfants ont le sentiment d’une mort qui rôde. Plus de 79 % d’entre eux font des cauchemars à répétition. Même dans la nuit, ils n’ont pas un temps de répit. Alors Oncle Tito leur offre une échappatoire, une accalmie dans la terreur. Pour rappel, environ 17 000 enfants sont livrés à eux-mêmes, laissés orphelins par la guerre.

« C’est difficile d’être ici, mais j’ai trouvé ma raison d’être grâce à ce travail : offrir des expériences d’enfance joyeuses aux enfants en grande difficulté. J’adore mon travail. J’aime voir les enfants rire. J’ai l’impression de leur donner de l’espoir », conclut-il

Oncle Tito réunit des foules entières autour de lui et illumine ces frimousses plongées dans l’ombre depuis le 7 octobre 2023. Il fait retentir des rires là où les bombes résonnent et ça, c’est un sacré super pouvoir.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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