Protéger les enfants : le Harcèlomètre, l’outil anti-harcèlement à connaître !

Plus d’un élève par classe, en moyenne, est touché par le harcèlement scolaire. Malgré la mise en place de numéros d’urgence, certains enfants sont encore sous le joug de bourreaux précoces. Brimades, rackets, insultes en ligne… Les victimes préfèrent souvent garder le silence pour ne pas provoquer “d’histoires” ou par risques de représailles. Pour détecter cette violence insondable qui gangrène le système scolaire, les établissements distribuent un “Harcèlomètre”.  Sur le même modèle que le violentomètre, conçu pour les femmes victimes de violence, cet outil permet aux enfants d’évaluer leur degré de bien-être à l’école. 

Le Harcèlomètre, un outil précieux et ludique

Selon les chiffres, un enfant sur dix subit du harcèlement scolaire. Nombreux sont ceux qui passent les grilles de l’enfer chaque matin, avec la peur au ventre et l’envie irrépressible de devenir invisibles. Ce calvaire insoutenable conduit des adolescents à commettre l’impensable, comme Nicolas Nébot, 15 ans, qui s’est suicidé en 2023. Pour enrayer ce fléau et faire de l’école un lieu sûr, le Ministère de l’Éducation a instauré des cours d’empathie et durci les sanctions envers les harceleurs, désormais virés de l’établissement concerné.

Au-delà de ces mesures, un nouvel outil a vu le jour dans les écoles. Il s’agit du Harcèlomètre, un baromètre ludique et éducatif qui aide les jeunes à identifier et comprendre les différentes formes de comportements, du respect mutuel au harcèlement avéré. Inspiré directement du Violentomètre, un outil destiné aux femmes pour mesurer le degré de violence dans leur couple, le Harcèlomètre vise à différencier les taquineries inoffensives du harcèlement. C’est un outil essentiel pour prendre conscience de l’ampleur du harcèlement et poser des mots sur l’indicible.

En pratique, comment fonctionne le Harcèlomètre ?

Le Harcèlomètre se présente sous la forme d’une règle graduée. Elle va du vert clair au rouge vif, couleur intrinsèquement liée au danger. De 1 à 24, chaque case est associée à une situation concrète, qui parle plus ou moins aux élèves. La violence des scénarios monte crescendo. Ça part de “on fait de temps en temps des blagues sur toi” à “on t’interdit de parler aux autres” dans la partie orange. Puis dans la dernière catégorie, qui souligne l’urgence d’agir, ça va de “on t’incite à te faire du mal à “on te donne des coups”.

Grâce à cet outil au visuel fort et aux scènes évocatrices, les élèves peuvent reconnaître les signes avant-coureurs du harcèlement. C’est aussi un premier pas pour sortir de ce mutisme imposé. Le Harcèlomètre permet d’ouvrir le dialogue en douceur. Elle sert également de guide pour les adultes. Le harcèlement ne saute pas toujours aux yeux. Il est insidieux et se trame derrière les portes battantes des WC ou entre les plateaux de la cantine. D’où l’importance de démocratiser cet objet.

Les autres mesures pour combattre le harcèlement scolaire

Au-delà du Harcèlomètre, plusieurs initiatives sont mises en place pour lutter contre le harcèlement scolaire :

  • Programme pHARe. Ce plan de prévention du harcèlement à destination des écoles, des collèges et des lycées s’articule autour de cinq piliers, dont l’éducation pour prévenir les phénomènes de harcèlement et la formation d’une communauté protectrice autour des élèves.
  • Formations pour le personnel éducatif. Conformément à la loi du 2 mars 2022, tous les personnels doivent être formés à la lutte contre le harcèlement scolaire, à commencer par la formation systématique des professeurs stagiaires.
  • Sanctions renforcées. En cas de harcèlement grave, des mesures disciplinaires peuvent être prises. Elles incluent le changement d’établissement pour l’élève harceleur, afin de protéger la victime et prévenir la récidive.
  • Numéros verts. Des lignes téléphoniques dédiées, telles que le 3018, offrent une écoute et un soutien aux victimes de harcèlement et à leurs familles.

Le Harcèlomètre prend le pouls de la violence en classe. Grâce à cet outil, les élèves différencient les comportements normaux des actes inacceptables, trop souvent banalisés. Ils peuvent donner l’alerte d’un revers de doigt, sans passer par la voix. 

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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